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District Ludique

Scène libre : - Livre I -

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- Des fermes, j’vous dis, des fermes ! Y’a assez d’bouseux pour ça, non ? Z’écoutez ce qu’j’dis ? Suffira d’prélever une taxe et on aura d’quoi s’remplir la panse tous les jours. Plus b’soin d’courir, finies les galères à la saison blanche ! C’qu’ils d’viennent malins, ces foutus gamins ! S’exclame l’un au visage humain, mais à la mine patibulaire, et aux pattes griffues à la place des pieds.

- În sănătatea ta, Bogdan ! Toi au moins t’as d’la suite dans les idées comme que j’dis toujours, mais comment qu’tu vas faire ça hein ? Faudrait qu’ils coopèrent tes bouseux ! Grouine l’autre déjà bien alcoolisé en levant son verre rempli d’une liqueur infecte.

La nuit tombe. De son pas lourd et mesuré, Horaciu à la trogne taillée à la serpe les a rejoints quelques minutes plus tôt en s’intéressant davantage à la marmite désormais sur le feu ; une petite faim passagère trahie par un regard protecteur sur cette dernière. Horaciu est un type peu bavard, mais qui sait écouter ce qui fleure bon le projet ambitieux. Une source inépuisable de viande, mais surtout d’os et de cerveaux ? c’est qu’il ne cracherait pas dessus !

Il a aidé à la préparation du repas. Il aide toujours à la préparation du repas. Surtout pour le dépeçage et le récolte des précieux matériaux afin de sublimer sa créativité. C’est qu’on s’emmerde vite entre deux traques. Il y a beau avoir des bêtes de foire, des horlas, et autant de prisonniers à asticoter dans ce vieux palais du parlement : ce qu’il préfère, c’est la chasse au fin gibier. Entre ses petites manies et son péché mignon certes, mais tout est lié.

Planté devant une fenêtre crasseuse, il rêvasse. Un sourire malsain et carnivore aux lèvres.

[Joli petit trésor… Je t’ai vu et je te trouverai, Mihail.]

La saison rouge étripe le paysage de ses feuilles mortes. Ha ! Quel magnifique tableau est-ce là ! Ses doigts en viennent à caresser amoureusement sa collection de vieux réveils rouillés.


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À l’horloge de la vie, il a égrené plus des deux tiers de son existence. Avant d’arriver là, il vivotait comme un nomade, collectionnant des babioles à refourguer dans les villages, même celui de la casse au nord entouré de tôle et de barbelés. Les bricoles en métal, ça se troquait plutôt pas mal, pour être fondues et servir à fabriquer des outils ou des armes.

La vraie monnaie, il en a fait une autre affaire... Juteuse.

- Bon, l’est temps de grailler. C’est qu’y faudrait pas que ça refroidisse !

Bogdan, Rasvan, Gavril et Horatiu se mettent à table. Ici, on se pourlèche les babines, on mange avec les doigts, pattes, ou pinces pleins de sauce qui dégouline de partout dans un concert de succions, de borborygmes, et autres bruits peu ragoûtants, le tout sans faire les fines bouches. C'est qu'elle est sacrément pas dégueu, la barbaque !

Plus tard, ils joueront aux cartes entre deux foires d’empoigne après avoir accusé l’autre de tricher.

Plus tard, Horaciu s’adonnera à ses petites manies et son péché mignon...

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A l'heure du jour naissant, Hariclea étouffe un cri dans ses rondeurs molles de femme âgée pour que les vieilles superstitions jamais oubliées ne s’éveillent. Le petit corps se crispe, empoigne les chaires douces et chaudes, puis se tétanise le temps que le souvenir, plus vivace au matin s'efface pour enfin ânonner quelques mots :
- [Răul vine, răul vine, baba !]

- Tais toi Mihail ! Déjà que t'as cette bosse si le prêtre apprend que tu fais des cauchemars il te donnera à qui tu sais.

Encore haletant et en sueur malgré la fraîcheur, il se défait de la femme qui l'avait trouvé quelques années auparavant et regarde le sombre ciel nuageux qui laisse juste paraître un instant un bout de lune rousse comme les feuilles gisantes au sol en cette fin de saison rouge.

-Baba, c'est toujours là. Je ne l’oublie pas, pas comme le reste. Pourquoi ?
- Je t'ai dit de te taire. Vas voir le prêtre, te donnera peut être la serpe cette fois et dit lui de venir me voir s'il veut ses drogues.

Il prend de l'eau dans le seau et en boit quelques gorgées. La vieille l'est trop maintenant, cela se sent à la saveur qu'elle ne va plus la chercher aussi loin mais dans le marais voisin. Le goût de vase et des végétaux en décompositions, s'il n'y a que eux qui macèrent dans cette eau croupie, lui reste en bouche.

Comme son souvenir qui reste imprimé dans son corps. Bien que peu clair, juste des visions diffuses, quelques images perdues parmi les peurs et les douleurs qui envahissent tout son corps et laissent cette sensation de ne jamais vraiment le quitter. Mais un tout petit détail lui laisse un doute sur ce souvenir : sa bosse, il ne la ressent pas.

Il tisonne les quelques braises restantes avant de les couvrir d'un nouvelle bûche.

- J'ai entendu une nouvelle voix cette fois, elle m'a appelé, je crois que c'est Horacius qui m'a...
- Tais toi ! Tu vas finir par attirer le malheur sur ce village et je ne pourrai rien pour toi cette fois. Vas t'en, maintenant !

Il se chausse, se couvre de sa casquette trop grande et part d'un pas non chaland vers les seuls murs en pierre du village qui en abrite le chef, le prêtre Dimitar.

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Musique : 5Ive - Jules Verne's dream

[Illustrations : 1 - Ossuaire de Sedlec - République Tchèque

2 - Portrait par Lee Jeffries]



Les uns et les autres sont partis se coucher, sans doute bientôt torturés par des cauchemars plus vrais que nature. Horaciu veille tard. Il a récupéré les os, mais surtout le cerveau. La gamine n’avait pas plus de huit ans. Ils l’ont piégé, relâché, pour la capturer à nouveau selon le désir de leur maître.

Ce jeu perdure en boucle. Après la terreur suintante et des expérimentations exotiques, les enfants croient toujours qu’ils finiront sains et saufs, à l’abri, lorsque la porte se rouvre vers un simulacre de liberté. Le maître n’est pas si fou, juste sadique, mais d’une bonté sans pareille pour avoir accueilli la clique d’énergumènes. La harde.

Horaciu est arrivé là par accident après avoir entendu bien des rumeurs. L’hypothétique immortalité du maître l’a attiré comme la merde attire les mouches. Une offrande pour prouver sa motivation, et sa loyauté. Une fratrie d’orphelins maigrichons. Le tour était joué.

Cette nuit, l’ogre suinte le manque de rêve éthéré. De son vieil alambic, il entreprend de distiller délicatement le cerveau tant que celui-ci est encore frais. L’opération complexe nécessite rigueur et méthode pour récupérer la précieuse et volatile essence qu’il a réussi à améliorer pour s’offrir des shoots mémorables. Il n’est pourtant pas alchimiste, et n’y prétend pas même si c’est parfois le surnom qu’on lui prête.

En attendant que le minutieux goutte-à-goutte s’achève, il prépare le second ingrédient. Il dégage le cartilage des os, puis réduit ces derniers en poudre. Les souvenirs imprègnent le corps jusqu’à la moelle. Il l’a compris au fil du temps, comme il a compris que les os se désagrègent plus lentement que la peau et les organes.

Quant aux parties trop abîmées ou inutiles, il s’amuse à en faire des sculptures pour tromper l’ennui lorsque l’impatience d’une traque à venir le maintient agité. Certaines pièces du parlement sont ainsi devenues de véritables ossuaires, comme celle où s’étend un sinistre chandelier pareil à une gigantesque araignée.


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L’éther, voilà la vérité ! L’éther, essence et concentré de vie ! Peut-être d’immortalité ? Après tout, si le maître se délecte du jus de chaque être, c’est qu’il y a là réponse à ses turpitudes de mortel ?

Shoot et fix. Brume opiacée qui l’amène à dériver sur des chemins d’innocence et de pauvreté, de famine et de jeux en courbes et volutes infinies. Prémisse d’amours enfantines.

[Dans un cœur gravé sur une pierre. Ana + Mihail]


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Dans son presque sommeil, là où certains ne savent plus rêver, Horaciu sourit. Une vision floue l'accapare désormais assez pour plonger.

Réglé comme une horloge, l’enfant.Le réveil se fait dans un sursaut pour le vieux mal dégrossi.

[Ci se va uita la tine ca cioara, Mihail.

Baba hein ? C'te vieille bique a déjà plus d'un pied et demi dans la terre ! Elle et ses obsessions qui prétend œuvrer à vous protéger ! D'ailleurs, savais-tu mon p'tit gars que ta Ana ne voyait pas ta bosse ? C'est qu'elle m'en a raconté des choses.]

Comme de plus en plus souvent au matin, une douleur pulsatile lui encercle le crâne dans un étau. La nouvelle traque du jour apaisera assurément tous ses maux.

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0d143ca0e90a38b46acc0adc9b11fffd.png Musique partie 1 : Desiderii Marginis, Capsule

db649fd99bc99f61bd6b62057293d227.png Musique partie 2 : Flowers for Bodysnatchers, Automne

[Illustration : Portrait par Lee Jeffries]



La traversée du village, encore à moitié endormi dans la pénombre de l'aube, est sa première épreuve de la journée. Les flaques, à la limite d'être des marres bien trop grande pour ses pas et les cahutes, ressemblant plus à un amoncellement de bois et de pierre qu'a des Bordei et dont il ne peut s'approcher sans prendre le risque d'être accusé de vouloir jeter un mauvais sort sur ses habitants, sont un véritable parcours d'obstacle. Qui parfois ne lui laisse pas le choix que de trempé ses opincas, lui garantissant d'avoir les pieds humides et gelés pour la journée.

L'église, faite de vieux bloc de béton pas encore rongé par la végétation, la ou Dimitar les abreuves de sermon dont Mihail est friand et qui y résonnent matin et soir lorsque l'horloge, la seule du tout le village veut bien sonner pour les appeler, est aussi l'abri des femmes cherchant la fertilité à travers leurs longues prières nocturnes que le prêtre accompagne toujours dans leurs efforts.

Il tape à la porte, dont le bois commence à s’effriter et entre sans attendre de réponse.

- Tatal Dimitar, je suis là, la baba dit d'aller la voir.

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- Ah c'est toi avorton. Dit il en raccompagnant une des filles nouvellement femmes jusqu'à la porte. Puis il reprend : Il va y avoir des naissances bientôt,tu sais ce que ça veut dire, vas y maintenant.

- Mais je vais raté les histoires ?

- Ça fera du bien au village de ne pas voir ton immonde bosse. Ponctue t-il d'une calotte qui lui fait perdre sa casquette.

Déçu de point pouvoir suivre les sermons, Mihail s’octroie un petit mensonge en guise de vengeance.

- Baba dit que je dois avoir la serpe, je dois lui ramener des plantes sans les abîmer.

Pour une fois peut être il pourra couper les herbes et arbustes au lieu d'essayer de les arracher.

- Prend la et vas t'en, je t'ai assez vu. Propos de nouveau accompagné d'une tape, plus violente et sur la bosse cette fois.

Une vive douleur se diffuse dans son dos, il sert les dents, ne dit rien mais jette un regard noir au prêtre. Puis finalement récupère sa casquette, va prendre la serpe et avec un sourire pervers, renverse tout ce qu'il y a entre lui et la porte et s'enfui en courant dans les premières lueurs diffusent du jour.

- Petit démon ! Hurle Dimitar mais Mihail est déjà loin.



Son pas ralentit aux abords du triste cimetière, qui s'agrandit plus vite que la population du village. Il aime bien ce lieu et à chaque fois il contrôle que toutes les tombes aient encore leur Maiastra. Poteau sculpté et surmonté d'un oiseau afin que les âmes des défunts ne se réincarnent pas dans les animaux et deviennent des horlas.

Arrivé aux dernières tombes, les plus fraîches, il observe la progression de la forêt depuis la dernière coupe. Jour après jour, pousse après pousse elle avance sans cesse. Mais avant d'entamé de nouveau ce combat sans fin puis d’appeler les bûcherons pour les plus gros arbres, il décide de se réciter quelques sermons dont il se souvient.

A genou, il ferme les yeux, se concentre et médite...

[Mihail + Ana : sur une pierre gravée dans un cœur.]

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A ce prénom, son cœur et sa respiration s'alourdissent subitement, ont des ratés, des faux pas. [- Ana !?]

Il ne se souvient pas clairement mais ce visage lui dit quelque chose, il est plus que familier, c'est comme s'il se regardait dans un miroir, comme s'il était [gravé dans son cœur de pierre.]

La voix reprend et l'interpelle comme à son réveil, il est dans un cauchemar éveillé, terrifié de la tête aux pieds, gelé jusqu'au os, tremblotant comme les feuilles des arbres mais aussi enraciné qu'eux, dans l'impossibilité de pouvoir bouger, pétri de peur et sa bosse inondant son corps de douleur. L'aurait-il abandonné à ce monstre, à ce traqueur d'os, à Horaciu ?

[Croâââââ !]

Le cri strident d'un corbeau qui l'observe, le réveil de sa torpeur, de sa catatonie et un cri sort de ses poumons déjà vide d'air : [ANA !]

Recroquevillé sur le sol givré, le regard noir et les pupilles dilatées, il psalmodie en se tenant la tête : [Assez !] [Assez !] [Assez !] [ASSEZ !]

Les horloges s’arrêtent un temps .

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Dead melodies - Haunted by whispers


[1 - La forêt d'Hola baciu aurait vraiment la réputation d'être hantée et de perturber les appareils électromagnétiques

2 - Lipscani est un vieux quartier historique de Bucarest

3 -La Curtea Veche est la cour de l'ancienne résidence de Vlad III l'Empaleur (ayant inspiré Dracula) qui aurait été déplacée et reconstruite]



L’égrégore révèle un brouhaha de voix enfantines familières ou non, avant que celle d’Ana ne résonne plus que les autres.

[Tu m’as appelé ? Ceci était mon corps, ceci était mon sang. Je ne suis pas seule. J’étais malade, ne le suis plus. Je vais bien maintenant. Ton frère te passe le bonjour, Mihail. Il dit que ta bosse est comme un œuf dont les varous seront jaloux...]

[TAISEZ-VOUS !] Hurle intérieurement Horaciu.

Les brumes délétères recouvrent les ruines gorgées du sang de la saison rouge. Le tambourinement autour du crâne s’intensifie un bref moment pour enfin s’estomper.

Bogdan ressasse ses idées, les développe les affine. Il sent qu’il tient un truc. Produire des enfants à la chaîne dans des fermes permettrait de lutter contre la faim, autant celle du maitre que la leur, mais également celle des pauvres hères qu’il faudra bien gaver pour qu’ils soient suffisamment productifs. Cela demanderait des efforts de chacun. Hoia Baciu aurait également son compte, ainsi tout le monde serait content.

« - Faut commencer ‘vec les prisonniers qu’il a dit l’maître, t’vois l’idée ? Pis, c’pas comme s’ils seront malheureux, vu qu’ils pourront tirer leurs coups ! »

Dans les ruines, chaque potentielle âme encore suffisamment en vie se planque en retenant son souffle. La ville semble comme morte. La peur est palpable, pestilentielle. Elle aussi a muté avec une existence propre.

Hoia Baciu s’est encore étendue ces derniers jours, s’étend toujours, comme s’il lui fallait pousser à l’horizontale, comme s’il lui fallait dépasser ses propres limites et frontières pour se nourrir des charniers à ciel ouvert, là où l’humain n’est plus capable de l’en empêcher. Des prisonniers en rang d’oignon furent souvent amenés pour asséner des coups de hache aux troncs noueux et tordus, désherber la monstrueuse végétation, empêcher la prolifération de vermines dangereuses, mais ce fut souvent peine perdue. Ce qui retient Hoia Baciu de ne pas engloutir Ante-Bucarest : les offrandes.

Aujourd’hui est justement jour d’offrande. Ils ont tiré à la courte paille pour qui partirait en quête de gibier, et qui s’occuperait de l’oblation. Horaciu et Bogdan ont saucissonné et bâillonné quatre des prisonniers. C’est devenu un jeu, une distraction, et un spectacle pour le maître. Quelques jours avant, ils les laissent se battre pour un quignon de pain ou une pomme de terre pourrissante. Les plus solides restent, les plus faibles nourriront Hoia Baciu. Ceux-là ont subi diverses tortures, furent des sujets d’expériences inédites pour devenir de moins en moins humains sans pour autant qu’un miracle survienne ou qu’un remède soit trouvé. Chaque échec rend d’ailleurs Vianescu de plus en plus irascible et instable.

Les deux gardiens et leur troupeau dépassent Lipscani, et bifurquent au niveau de la Curtea Veche pour enfin s’enfoncer avec prudence dans les bois hostiles à la mousse luminescente. Il y a toujours quelque chose qui se meut, rampe, ou se glisse dans chaque coin d’œil ou clignement de paupière. Dans un de ses délires, Vianescu avait raconté que cette forêt était déjà un objet de craintes à l’époque de l’âge d’or. On la disait hantée, et certains artefacts n’y fonctionnaient pas, n’y fonctionnent toujours pas. Il l'avait comparé à un autre lieu bizarre qu’aucun d’eux ne peuvent s’imaginer. Le triangle des Bermudes avait-il dit. C’est qu’il en sait des choses le maître, même si c’est un rien compliqué d’y comprendre quoi que ce soit !

Après une longue marche, pétoires en main, les deux prennent la direction d’une minuscule clairière, mais Horaciu est perturbé. Les voix dans sa tête s’agitent. Les corbeaux volent bas ici, et une silhouette informe semble se déplacer lentement, mais sûrement entre les troncs. L’impression d’être suivi depuis un moment.

Bogdan se charge de préparer les offrandes à coups de pieds et menaces, tandis que l’ogre vérifie les alentours.

Ogre qui s’attarde à sécuriser le périmètre, mais dans sa hâte, voilà qu’il se prend les pieds dans des ronces. S’étalant de tout son long tandis qu’un coup de feu retentit, Horaciu retient un cri, mais pas une bordée de jurons à la douleur qui irradie surtout son ego. En lieu et place de son habituel reflet renvoyé par une petite flaque d’eau stagnante et boueuse, ne se trouve pas son visage, mais celui d’un enfant bossu. Lui-même avait bien senti ses épaules devenir de plus en plus lourdes.

Si le coup de feu n’a blessé personne, c’est pourtant un signal suffisant pour que les prisonniers reprennent le dessus sur Bogdan afin de s’enfuir en le laissant pour mort...

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Hyperborea - Hyperborean's Lineage


Quelques gouttes tombent sur le visage de Mihail et rejoignent ses larmes, il se relève et entend quelque chose de plus que les habituels sons provenant de la forêt. Les pas qui courent, ceux d'une silhouette à peine visible au travers du rideau d'eau qui vient de s'abaisser, l’emmènent vers le village. Hoia Baciu, bien qu’inquiétante, menaçante et dissimulant de nombreux dangers, lui procure un abri précaire et n'est pas ce qu'il craint le plus pour l'instant. Dès que l’orage s’atténuera la rumeur se répandra dans le village, lui en plus d’être bossu parle tout seul, verdict sans attente, et il sera chassé au mieux, sûrement après avoir été rué de coup, flagellé ou lapidé. Ou alors en espérant que cela change leur sort, ils feront un bûcher, pire ils l’offriront aux druides noirs. La vieille ne pourra rien pour lui, bien qu'à la fois sage-femme, guérisseuse et shaman elle ne reste qu'une tzigane pour les villageois dès leurs besoins satisfait.

Peut-être réveillé par les mots d'Ana qu'Horaciu a arrêté ou alors c’est lui qui en prend conscience maintenant, les douleurs lancinantes de sa bosse correspondent plus à une agitation interne, il n'ose plus la toucher. Son frère, Ana, il en est sûr, il les a abandonné tout deux. Pas comme un souvenir mais plus comme une habitude, une nature profonde, celle de fuir, de fuir en laissant les autres derrière lui, de fuir sans se retourner, sans aider, tellement il a peur. Il sait que baba en subira les conséquences, d'au tant plus qu'il part avec la serpe mais c'est elle ou lui, le village ou lui, la peur gagne encore, le corbeau croise de nouveau quand il s’enfonce dans les bois.

La pluie perdure, le fracas des gouttes couvre une partie des bruits ambiants. Du sol gorgé d'eau émane les odeurs de sous-bois et d’autre plus entêtante. Toute la forêt suinte sans qu’il soit possible de savoir si c’est les sécrétions des arbres ou simplement l’eau abondante qui dégouline. Des flaques se créer tel un miroir brisé, reflétant les horreurs de ce monde ou celles d’un autre. Un dernier regard vers Bulgaru, ce fut tout de même son village et il reprend sa marche vers la route des Tziganes, celle dont lui avait parlé baba, une pas encore entièrement envahi plus au nord de leur position.

Soudain il s’étale de tout son long et un bruit lointain retentit, la forêt le déforme tellement qu’il ne sait ce que c’est, peut être juste le tonnerre, peut-être l’annonce d’une menace future, il espère que ce ne soit pas l’ogre. En se relevant, il se sent un peu plus léger et il a un étrange saveur en bouche, un goût d’os. Il se glisse rapidement dans un recoin et tend l’oreille.

Les fugitifs se dispersent et courent sans un regard en arrière et aussi vite que leurs faibles ressources le leurs permettent. Ils courent encore, à en perdre haleine, jusqu’à ce que leurs poumons les brûles, jusqu’à ne plus tenir sur leurs jambes mais ils resteront des proies faciles à rattraper.

L'un d'eux avance dans la direction de Mihail, manque de chuter, se rattrape en s’appuyant sur un arbre, ce sera son terminus, il est a bout et arrive à peine à respirer tellement il est épuisé. Se laissant glisser au sol il ne perçoit pas de suite le petit garçon bien blotti dans le creux d’un arbre juste à quelque mètre de lui. Son sésame, sa monnaie d’échange, il sait que les jeunes sont appréciés et recherchés mais il n’a pas la force de le capturer, il essai de reprendre son souffle pour hurler et attirer l’attention mais la serpe est déjà levée.


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The nowhere stoll - Unsong



L'adulte à bout de souffle a disparu, n'a peut-être même jamais existé. Les prisonniers échappés ne sont plus, volatilisés, ou en sécurité. Qui peut savoir ? Qui peut le dire ? Qui peut vraiment [voir] ?

« Qui va là ? » Celui qui semble désormais n'être un gosse relève un regard bizarre en direction du craquement de branche ayant éveillé sa méfiance. Un œil semble opacifié, quand l’autre est doté d’un double monocle pour sans doute ajuster une vision parfois trouble. La mécanique, alimentée par un étrange fluide verdâtre, semble avoir été rafistolée avec les restes d’une vieille horloge. Chauve et couvert de grossières cicatrices comme recousu de toute part, c’est néanmoins avec un épais bâton de marche à portée de main qu’il s’apprête à se défendre.

« Qui a peur du méchant ogre et des varous ? C’pas nous ! C’pas nous ! »

Voilà que résonne aux alentours une comptine à plusieurs voix enfantines, tandis que la brume dévoile progressivement plusieurs silhouettes fantomatiques, toutes plus difformes les unes que les autres, mais surtout courtes sur pattes.

À bien des lieues de là, Horaciu se relève péniblement en maugréant d’incompréhensibles grognements contre lui-même, contre cette forêt monstrueusement traîtresse. Puis, peut-être bien aussi contre le reste du monde pour ce qu’il en connait, ou s’en souvient. De son pas lourd, il retourne à la clairière. Bogdan est toujours en vie, mais s’il faut un sacrifice, ce sera bien celui-ci.

L’ogre relève son comparse, l’attache solidement sur un piquet. L’autre a beau gémir, hurler, et se débattre, rien n’y fait. Pas même l’écho terrifiant qui se propage à travers les bois. Hoia Baciu aura son dû quoi qu’il en coûte. Un maigre dû certes, mais suffisant pour l’apaiser ces prochains jours. Quand la tâche est achevée, c’est d’une rivière de sang dont se nourrira la forêt. Les esprits voleront les yeux, la langue, et les dents. Le reste pourrira, ou nourrira les corbeaux. Le traqueur, quant à lui, n'en gardera que les oreilles et quelques doigts.

Horaciu ne prend pas même la peine de pister les traces laissées par les fuyards. Ces derniers rejoindront probablement leurs villages en croyant échapper à leur funeste destinée, et il sera toujours bien temps de les récupérer. Il imagine déjà mille sévices pour les punir de leur défection, ce qui horrifie les autres voix dans sa tête dont il se moque éperdument à cet instant, en dépit du mal de crâne qui revient l'étreindre.

Non sans s’être bizarrement signé, Horaciu reprend finalement la direction de la ville.

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Hiemal - Where The Old Witch Sleeps


Le buffet est ouvert, lambeaux après lambeaux Bogdan glisse dans les gosiers des corbeaux. Lui peste et enrage mais cela n'y change rien, comme de marquer les arbres. Trois fois, trois fois qu'elle ne le laisse pas s'en retourner et les voix ricanent de plus belle à chaque fois. Horaciu s'assoit et se repoudre le nez avant de réaliser que le brouhaha a cessé, il n'y a plus rien à [entendre], plus un bruit, plus un souffle, rien ne bouge pas même les ombres. Puis un léger bruissement, d'ombre en ombre un cerf au pelage dépenaillé, les cornes entremêlées aux chairs s'approche de la clairière. La tête du piquet n'est pas orné de la Maiastra.


Il se réveil, sa bosse a grossi, il en est sûr. La peau est plus tendue et le démange, il l'a frotterai bien contre un arbre mais redoute de l'éclater si c'est bien un œuf. Mais comment il pourrait en avoir un, baba lui a toujours dit que ce n'était qu'une bosse. Il hésite un moment puis glisse quelques doigts vers son dos mais une douleur aux côtes lui fait ramener le bras. Dans un filet de lumière il s’ausculte et voit qu'il a un hématome de la taille d'une pomme. Perplexe il regarde autour de lui et ne reconnaît pas l'endroit, ça serpe à disparut aussi. L'homme, celui qu'il a vu et redouté, Mihail s'en souvient mais plus de ce qui a put se passer par la suite. Il ramasse un bâton de marche et va se rafraîchir le visage dans une des flaques miroitante non loin. Dans les reflets il voit, il le voit, blanc comme un fantôme, une expression d'effrois défigurant encore plus son visage, il est mort. La peur a gagné et gagne encore, il s'enfuit et marmonne une comptine comme pour se rassurer.

« Qui a peur du méchant ogre et des varous ? C’pas nous ! C’pas nous ! »


Les ajustements agités du monocle n'y ont rien changé, les cris non plus, les silhouettes sont restées difformes et leurs chant enfantin encore plus entêtant. Ses moulinets de coup n'ont put rompe la folle farandole des ombres et n'ont servi qu'à brasser la brume. A bout de souffle, épuisé, ses tempes battant la chamade au rythme irrégulier des derniers battements de son cœur, il touche enfin. Son âme est libérée.

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[Pas une chanson roumaine ou en romani, mais. :p]



Une clameur s’élève au loin. Une clameur qui enfle, gonfle, pleine d’inquiétude et de colère. Avec elle, un nuage de poussière. Ils semblent nombreux à se rejoindre, à s’organiser telle une ruche qui se forme et grandit. Leurs pas résonnent comme de multiples tambours à l’unisson, accompagnés par le vrombissement d’un moteur, et les percussions de la pluie au sol.

- On encercle la zone ! On finira par les retrouver !

Des voix juvéniles. Enfin, des silhouettes qui s’étoilent par grappes, torches à la main, semblant fouiller les environs. Après la joie de retrouvailles, retentit un cri. Les larmes ne sont pas loin. La douleur poignante oscille déjà chez les uns et les autres.

- GEORGHE ! GEORGHE ! Ils ont tué GEORGHE !

- On peut le sauver, il respire encore…

- Baba pourra peut-être le réparer ?

- La harde l’aurait pris vivant…

- Alors qui ?

- Un petit varou bossu avec des crocs énormes !

- J’lui avais dit d’pas partir devant tout seul !

- On va s’le faire !

- On a plus urgent, Anca… Allez les autres, dépêchons-nous !

Clameur et rumeur vont bon train, atteignant les oreilles du défricheur bossu. Pleins d’enfants cabossés, mutants, boiteux comme lui. Qui sait ? La brume les protège encore alors qu’ils se rapprochent justement de Mihail en transportant tant bien que mal le blessé à monocle.

- Vous croyez qu’on nous observe ?

- Je crois que je le sens… Ça pue le chien mouillé !

- C’toi qui pue l’chien mouillé, Ionel !

De vagues rires étouffés pour exorciser la terreur des bois.

- Et là, j’rêve pas… Y’a quelqu’un non ?

- Hé l'môme, t'es qui toi ? Besoin d'aide ?

- Vous croyez qu'il est encore vivant ?

Horaciu, quant à lui, s’est carapaté sans demander son reste. La brume était suffisamment épaisse pour couvrir sa fuite, en s’évitant de finir embroché par le cerf décharné. Une fuite jusqu’à rallier Ante-Bucarest. Se croit-il presque arrivé qu’il est stoppé dans son élan. Une toute autre clameur résonne en ville, là où des panaches de fumée s’élèvent du parlement. Prudent, il profite des ruines pour se cacher et observer. Il semble que la révolution soit en marche, menée tambour battant par Hariclea en personne.

Alors que le soir tombe, le ciel a ouvert un nouvel œil certes masqué par l’amoncellement de nuages. Une lune ronde et rousse.

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